dimanche 25 septembre 2016

Être enfant unique

Égoïste, égocentrique, pourri gâté, capricieux... les qualificatifs ne manquent pas pour définir l'enfant unique et ils sont rarement positifs. Pour autant, tous les enfants uniques ne sont pas ainsi et nul besoin d'être enfant unique pour correspondre à cette description peu flatteuse. Les clichés sont tenaces. Il y a quelques décennies, les familles nombreuses étaient... nombreuses. Aujourd'hui, c'est plus rare, et pourtant n'avoir qu'un seul enfant reste quelque chose jugé parfois "anormal". Tout ça remonte sans doute à l'après-guerre, période où les Français étaient encouragés à faire des enfants. Sans compter qu'on a longtemps fait des enfants pour assurer ses vieux jours. Aujourd'hui, les choses ont changé, mais ces idées restent imprimées dans l'inconscient collectif et n'avoir qu'un seul enfant est encore parfois mal vu (tout comme le fait de ne pas en avoir du tout).




Commençons par nous placer du côté des parents. Quand t'es en couple depuis un moment, la question inévitable c'est bien sûr "à quand le bébé", et une fois que ce bébé a pointé le bout de son nez, on passe à "c'est pour quand le petit frère ou la petite sœur ?". Quand t'es en couple, on attend de toi que tu fasses un enfant (j'aurais certainement l'occasion d'y revenir, car la pression sociale qui pèse sur les gens qui ne veulent pas d'enfant est un vaste sujet qui me touche beaucoup et dont je pourrais parler pendant des heures). Mais ça ne s'arrête pas là. On attend de toi que tu en fasses au moins deux. On retombe dans le fameux schéma du "tu ne rentres pas dans la norme si tu n'as pas deux enfants, un chien, un monospace et une maison en banlieue". 

Certains couples choisissent, pour diverses raisons qui leurs sont propres, de n'avoir qu'un enfant. D'autres n'ont pas vraiment le choix, ils rencontrent des difficultés pour avoir un enfant et, de fait, ne peuvent en avoir qu'un seul. J'ai souvent entendu dire que n'avoir qu'un enfant était un choix purement égoïste, qu'on privait l'enfant de frère ou sœur et qu'il serait inévitablement malheureux. Cependant, il ne faut pas oublier quelque chose : faire un ou plusieurs enfants, c'est un acte égoïste. On fait des enfants pour soi, qu'on en fasse un ou dix on les fait pour soi et pour personne d'autre. Et puis, quand quelqu'un critique le fait que tu n'aies qu'un enfant, on te juge sur tes choix, et, parfois, ça peut même te renvoyer en pleine figure le fait que ce n'est peut-être pas un choix, mais quelque chose qui est subi. Bref, dans tous les cas,  quand on ne connait pas les raisons d'une situation on s'abstient de commentaire.

Pourquoi je te parle de tout ça ? Parce que ça me concerne. Dans mon cas, ça n'est pas vraiment un choix de mes parents. Disons que j'ai mis un certain temps à pointer le bout de mon nez. J'ai fini par arriver à un  moment où mes parents s'étaient fait une raison en se disant qu'ils n'auraient jamais d'enfants. Je pense que s'ils avaient pu avoir d'autres enfants ils en auraient eu d'autres. D'ailleurs, ma mère avait espéré un moment avoir des jumeaux puisqu'il y avait quelques cas de grossesses gémellaires dans la famille. Bah non, j'étais toute seule. Est-ce que j'en ai été malheureuse pour autant ? Non.

On m'a souvent demandé si ça ne m'avait pas manqué d'avoir des frères et sœurs. Et la réponse est non. De toute manière, comment quelque chose que tu n'as jamais eu pourrait te manquer ? Je ne sais pas ce que c'est d'avoir des frères et sœurs, donc ça ne peut pas vraiment me manquer. Je n'ai jamais ressenti aucun manque. En revanche, j'ai bâti une relation différente avec mes parents. On est très proches, et j'ai remarqué que c'est souvent le cas des enfants uniques que je connais (parce que finalement, les enfants uniques ne sont pas si rares que ça). 

On dit souvent que les enfants uniques ont des difficultés dans leurs rapports aux autres. Je ne me suis jamais jamais sentie en difficulté. Je suis allée à l'école très tôt et j'ai appris à "sociabiliser", ça n'est pas plus compliqué que ça. Je suis assez solitaire, mais ça n'a rien à voir avec le fait d'être enfant unique ou pas. Mon père est issu d'une fratrie de trois enfants et il est bien plus solitaire que moi. 

On dit souvent aussi que les enfants uniques sont égoïstes, habitués à capter tout l'attention. Ça peut être vrai, mais ça peut aussi bien souvent être faux. Tout est question d'éducation. Si on prend mon cas personnel, j'estime ne pas être quelqu'un d'égoïste, aimant être le centre de l'attention. En réalité, tout dépend de la façon dont on est élevé. C'est la façon dont tu es élevé(e) qui fait de toi la personne que tu es. On ne nait pas égoïste, on ne nait pas altruiste, on le devient. Si je n'ai jamais manqué de rien, pour autant, je n'ai pas été pourrie gâtée non plus. Quand je voulais quelque chose, ma mère répondait "on verra" (j'ai vite compris que ça voulait dire non... du coup, quand ça voulait dire peut-être, j'étais toujours étonnée d'avoir ce que je voulais), et quand je cherchais un soutien paternel, on me répondait "t'as demandé à ta mère ?". J'ai vite compris aussi que je n'obtiendrai rien par le caprice, et javais même plutôt intérêt à éviter de me rouler par terre sous peine de voir mon père faire les gros yeux (et mon père qui fait les gros yeux, ça fait peur, je peux te le garantir !). 

Malgré tout, j'ai souffert des clichés et on m'a souvent dit "toi, tes parents t'achètent tout ce que tu veux". Certes mes parents ont pu tout mettre en œuvre pour que je rentre dans la vie d'adulte de la meilleure façon. C'est beaucoup plus facile de financer des études quand on n'a qu'un seul enfant, c'est une évidence. J'ai forcément eu des choses que je n'aurais pas eu si je n'avais pas été enfant unique. Mais de la même façon, mes parents ont certainement été plus exigeants avec moi. Quand tu as un frère ou une sœur qui fait quelques conneries, ça détourne l'attention de tes propres conneries. Moi, la moindre de mes conneries était tout de suite visible... mine de rien ça fout la pression. Tu captes toute l'attention de tes parents car tu est seul(e), c'est inévitable. Par exemple, on attend de toi que tu réussisses tes études, l'échec n'est pas une option. Mais ça n'est pas tellement ça le point le plus négatif. On n'en parle jamais, mais le plus dur c'est de se retrouver seul(e) pour affronter certaines choses. A plusieurs, il est toujours plus facile de faire face aux difficultés. Seul(e) c'est plus compliqué, mais on y arrive aussi et on en sort peut-être plus fort. Finalement, on en revient toujours au même : dans chaque situation il y a des avantages et des inconvénients... à voir si on préfère se concentrer sur les avantages ou les inconvénients. Être enfant unique n'est pas déterminant, c'est ce que tu choisis de faire de cette situation qui l'est.


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9 commentaires:

  1. Merci pour cet article. J'ai une petite fille qui aura bientôt 3 ans et comme tu le dis si bien, la pression sociale et le "c'est pour quand le deuxième ?!" c'est quasiment tous les jours. Malgré ça, j'envisage de plus en plus de ne pas le faire ce petit "deuxième". Juste parce qu'on est tellement bien comme ça que je ne veux pas gâcher l'équilibre que l'on a enfin et que pour ses études plus tard, je voudrais qu'elle puisse faire ce dont elle a vraiment envie. C'est clairement égoïste mais bon, chacun ses choix, je vais pas faire un deuxième enfant pour les beaux yeux du monde...

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    1. Je ne suis pas d'accord avec toi quand tu dis que c'est égoïste de vouloir rester comme vous êtes... ça n'est pas plus égoïste que de vouloir en faire un deuxième. Qu'on fasse ou non des enfants, qu'on en fasse un ou douze, c'est toujours un acte égoïste, on le fait parce qu'on a envie de le faire. Tu n'es pas plus égoïste que quelqu'un d'autre 😉

      Par contre, je te comprends complètement quand tu dis que tu veux pouvoir offrir à ta fille les études dont elle a vraiment envie. Je n'ai pas d'enfant, mais je pense que je serais terriblement frustrée si je ne pouvais pas tout faire pour que mon enfant ait plus tard la vie qu'il souhaite et ça passe forcément par le fait de faire le métier dont on a envie, et financer des études (dans le monde actuel) c'est bien plus facile quand on n'a qu'un seul enfant.

      Et si ça peut rassurer la maman que tu es, je peux te dire qu'être enfant unique ne m'a jamais pesé, et ce, même dans les coups durs que je dois assumer seule sans le soutien d'une fratrie.

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  2. L'enfant unique que je suis a eu un manque de petit frère ou petite sœur au cours de son enfance, à tel point qu'au final j'ai demandé à avoir un animal de compagnie pour compenser ce manque. J'ai eu un chien quelques années après ma demande, il est devenu mon "petit frère", c'est ce qu'il représentait à mes yeux d'enfant. A l'âge adulte, j'ai concrétisé mes rêves d'enfant, créer une fratrie, j'ai eu 4 enfants. J'ai ainsi pu voir ce que cela donnait, les chamailleries comme les confidences et la complicité des uns et des autres, et j'en suis heureuse. Aujourd'hui je vois mes petits enfants, mon fils aîné étant maintenant père de 3 enfants, et ma fille d'un enfant unique car elle n'en veut pas d'autre. Au final, nous sommes tous très proches les uns des autres et ce n'est pas tellement le fait d'un seul ou de plusieurs enfants, mais des épreuves de la vie que nous avons eu à traverser tous ensembles.
    Voilà, le témoignage d'une enfant unique de 52 balais. Vouloir nous faire entrer dans des cases est toujours voué à l'échec ! ;-)

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    1. Je suis bien d'accord avec toi, s'acharner à faire entrer les gens dans des cases est voué à l'échec 😉

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  3. Enfinune enfant unique heureuse et réfléchie! Ca fait plaisir à lire...
    Maman d'un unique de 5 ans, la question de l'égoisme, du "tu oses ne pas offrir de compagnon actuel et futur à ton enfant?!" pèse même dans les non-dits.
    Pour autant, et comme tu le soulignes, le fait d'être unique ou non ne me parait pas être la condition sine qua none du bonheur...
    Cette norme, ce "quand vous serez vieux ou morts..." tout cela ne me convainc pas. Un enfant pour un autre non, faire des enfants est un choix personnel qui ne relève pas des "il faut"
    Le vrai challenge est d'arrivé à avoir des enfants heureux peu importe leur situation (et pour moi, en avoir un seul me permet d'essayer autant que je peux).

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    1. Je n'ai pas eu besoin que mes parents "m'offrent un compagnon", je l'ai trouvé toute seule 😉 Sans compter que ce n'est pas parce qu'on est frère et sœur qu'on est obligé de s'entendre (j'ai pas mal d'exemples autour de moi).
      De toutes les façons, le bonheur ne découle pas d'une situation, mais de ce qu'on fait de cette situation.
      Le tout c'est de faire des enfants car on en a envie et, comme tu le soulignes, l'important c'est de les aimer quoi qu'il arrive.

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  4. Personnellement, je suis l'ainée d'une fratrie de trois et j'ai vraiment très mal vécu l'arrivée de ma petite soeur (à 4 ans, je n'aurais vraiment pas dit non à être fille unique).
    En tout cas, je ne comprends pas le haro contre l'enfant unique qu'il y a dans la société actuelle. Je pense que chaque personne est libre d'avoir le nombre d'enfants qu'il souhaite (que ce soit 0 ou une dizaine) et ce n'est pas aux autres de décider à la place de la personne. Par ailleurs, comme tu le dis, certaines personnes peuvent avoir du mal à avoir des enfants et leur reprocher de n'avoir qu'un seul, c'est un peu (beaucoup) remuer le couteau dans la plaie. Ce qui devrait compter le plus, c'est le bonheur et l'épanouissement des enfants et des parents et puis c'est tout :)

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    1. Malheureusement, beaucoup de gens se préoccupent du fait que certains ne rentrent pas dans les cases plutôt que de se demander s'ils sont heureux ou non. Peu importe ce qu'on fait, si "ça dépend, ça dépasse", ça rentre pas dans les cases, on sera toujours montré du doigt !

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